TEST – Notre avis sur Assetto Corsa Rally – Early Access (PC)

4 Jan 2026 | TESTS / PREVIEWS

Assetto Corsa Rally

Assetto Corsa Rally arrive en accès anticipé dans un contexte particulier, presque paradoxal. Le rallye n’a jamais autant fasciné les passionnés de simulation, et pourtant il n’a jamais semblé aussi difficile à représenter de manière pleinement satisfaisante dans le jeu vidéo. Trop exigeant pour être simplifié sans être dénaturé, trop imprévisible pour s’adapter facilement aux structures classiques du game design, il impose des contraintes que peu de studios acceptent réellement d’assumer. Dès les premières heures passées sur Assetto Corsa Rally, on comprend que ce projet ne cherche pas à contourner ces difficultés. Il les embrasse. L’introduction ne cherche ni à impressionner ni à séduire immédiatement ; elle installe un cadre, presque austère, qui annonce clairement la couleur. Ici, le rallye n’est pas un décor, c’est un système. Et ce système va demander du respect.

Le cœur de l’expérience se révèle très vite dans les sensations de conduite. Assetto Corsa Rally ne se contente pas d’adapter une physique de circuit à des routes étroites ; il reconstruit la relation entre la voiture, la surface et le pilote. Avec un volant Logitech G29, on perçoit immédiatement une intention de précision. Le retour de force n’est ni exagéré ni décoratif. Il sert avant tout à transmettre des informations essentielles : la charge qui s’installe progressivement sur l’avant, la manière dont l’arrière commence à s’alléger à l’entrée d’un virage, la perte d’adhérence qui ne survient jamais brutalement mais s’annonce par des signaux clairs. Ce ne sont pas des effets spectaculaires, mais des messages fonctionnels. Le jeu ne cherche pas à impressionner, il cherche à être lisible, et cette lisibilité devient rapidement un pilier de l’expérience.

Sur l’asphalte, la conduite rappelle ce qui a forgé la réputation de la licence Assetto Corsa : une gestion fine des appuis, un freinage qui doit être anticipé, une accélération qui ne tolère aucune brutalité inutile. Mais cette base, familière pour qui connaît la série, est immédiatement mise à l’épreuve par la nature même du rallye. Les trajectoires idéales sont instables, la route est étroite, la visibilité souvent imparfaite. La moindre approximation de placement se paie non par une simple perte abstraite de temps, mais par une sortie de route, un contact, ou un déséquilibre qui compromet plusieurs virages consécutifs. Le jeu ne dramatise jamais ces erreurs. Il les intègre dans une logique implacable. On ne se sent pas puni, on se sent responsable.

Cela dit, cette lisibilité n’est pas encore irréprochable dans toutes les situations. Sur l’asphalte notamment, le retour d’information peut parfois manquer de progressivité à la limite de l’adhérence, en particulier lors des freinages appuyés. La voiture prévient, mais pas toujours avec la finesse attendue dans les phases les plus critiques. Le pilote est alors contraint d’interpréter le comportement global du véhicule plutôt que de s’appuyer sur un signal clair et immédiat transmis par le volant. Le freinage, précisément, demande un temps d’adaptation. La puissance est bien présente, mais la lecture de la pression optimale n’est pas encore totalement instinctive. On apprend à freiner davantage par la réaction de la voiture que par une sensation franche et évidente dans le retour de force, ce qui fonctionne, mais exige une attention permanente.

Lorsque l’on bascule sur les surfaces meubles, le discours évolue sensiblement. Le gravier impose un autre rapport à la vitesse, mais surtout un autre rapport à la confiance. La direction devient plus légère, les réactions plus amples, et la voiture semble flotter davantage sur ses appuis. Assetto Corsa Rally réussit ici un équilibre délicat : rendre la glisse nécessaire sans jamais la rendre gratuite. Une dérive maîtrisée permet de maintenir l’élan et l’angle, mais la moindre exagération se traduit par une perte de motricité difficile à compenser. Le jeu valorise la continuité plus que l’agressivité. Garder un rythme propre, lisible, devient plus important que chercher un passage spectaculaire.

Les variations météorologiques participent à cette lecture de la route, mais leur impact reste parfois trop mesuré dans l’état actuel du jeu. Le passage d’une route sèche à une surface humide ne bouleverse pas toujours suffisamment les repères, ce qui atténue légèrement la tension que ces changements devraient normalement imposer au pilote. L’intention est là, mais l’effet gagnerait à être plus marqué pour renforcer encore la sensation de risque et d’adaptation permanente propre au rallye.

Cette cohérence dans la conduite est renforcée par la manière dont les routes sont conçues. Sans entrer dans des considérations techniques inutiles, il est évident que les spéciales ont été pensées comme des outils de pilotage. Les bosses, les compressions, les variations de revêtement ont un impact réel sur la dynamique du véhicule. Rien n’est là pour le simple décor. Une irrégularité mal négociée perturbe un freinage, une compression mal lue déstabilise l’arrière au moment critique. Avec un G29, ces variations sont perceptibles sans être surjouées. Le jeu ne cherche pas à compenser les limites du matériel par une amplification artificielle ; il reste fidèle à sa logique, quitte à demander une sensibilité accrue au joueur.

La sélection de voitures disponible en accès anticipé est limitée en volume, mais cohérente dans sa diversité. Chaque modèle impose une approche distincte, non seulement en termes de performances, mais surtout en termes de comportement. Les voitures plus anciennes demandent une conduite plus méthodique, où la gestion de l’inertie et du transfert de masse est centrale. Les modèles plus récents offrent davantage de stabilité, mais exigent en retour une précision accrue dans le placement et la gestion des entrées de virage. Le changement de voiture n’est jamais anodin. Il oblige à revoir sa manière de piloter, à adapter ses réflexes, à comprendre les limites propres à chaque mécanique.

Pour un passionné de sport automobile, cette diversité a du sens. Ayant suivi le rallye à l’époque de Sébastien Loeb, où la précision et la régularité étaient souvent plus décisives que la prise de risque permanente, il est difficile de ne pas reconnaître cette philosophie dans Assetto Corsa Rally. De la même manière, en tant qu’observateur attentif de la Formule 1 moderne et du parcours de Max Verstappen, on retrouve cette idée que la performance maximale ne naît pas de l’excès, mais de la capacité à exploiter chaque fraction d’adhérence disponible. Le jeu ne cherche pas à imiter ces disciplines, mais il partage avec elles une même exigence de contrôle.

Le copilote joue ici un rôle structurant. Les notes sont suffisamment claires pour permettre l’anticipation et maintenir un rythme cohérent, sans jamais transformer la conduite en simple exécution automatique. Elles laissent volontairement une part de responsabilité au joueur. Certaines options de réglage existent déjà, notamment sur le rythme et l’anticipation des annonces, mais elles gagneraient à être plus fines et plus accessibles. Le système fonctionne, mais donne le sentiment de pouvoir aller plus loin pour s’adapter pleinement à des styles de pilotage très différents.

La structure des modes de jeu reflète clairement le statut d’accès anticipé. On peut rouler, enchaîner des spéciales, se concentrer sur le contre-la-montre ou sur des événements ponctuels. Cette approche est efficace pour travailler la conduite et se familiariser avec les routes et les voitures. En contrepartie, le jeu propose un ensemble de contenus informatifs et contextuels appréciables, qui permettent de mieux comprendre les véhicules, les environnements et la discipline dans son ensemble. Cette dimension pédagogique renforce l’idée que l’on est face à un simulateur pensé comme un outil d’apprentissage autant que comme un jeu. Elle montre toutefois rapidement ses limites dès lors que l’on cherche une progression plus large. L’absence d’un mode carrière complet se fait sentir. Le rallye est un sport de saisons, de gestion, de continuité. Aujourd’hui, Assetto Corsa Rally propose avant tout un terrain d’entraînement très solide, mais pas encore une expérience structurée sur le long terme.

Visuellement, le jeu adopte une identité sobre, parfois austère. Les environnements sont crédibles et lisibles, et servent avant tout la conduite. La lecture de la route est généralement bonne, ce qui est essentiel dans un jeu aussi exigeant. Certaines scènes offrent de beaux moments selon la lumière ou la météo, mais l’ensemble ne cherche jamais l’effet gratuit. Sur le plan technique, l’expérience reste globalement stable, mais certaines configurations peuvent révéler une gourmandise marquée, notamment dans les situations les plus chargées visuellement. Rien de bloquant, mais suffisamment présent pour rappeler que l’optimisation est encore un chantier ouvert.

Le travail sonore suit la même logique. Les moteurs, les bruits de roulement et les impacts transmettent les informations nécessaires au pilotage. L’approche est fonctionnelle plus que démonstrative. Elle correspond bien à l’esprit du jeu, même si certaines nuances pourraient être affinées à l’avenir pour renforcer encore la lecture de la voiture et de ses réactions.

Ce qui distingue véritablement Assetto Corsa Rally, c’est son rapport au joueur. Le jeu ne cherche jamais à masquer ses exigences. Il n’offre pas de raccourcis artificiels ni de systèmes destinés à lisser les erreurs. Chaque faute est compréhensible. Chaque sortie de route a une cause identifiable. Cette logique trouve toutefois une limite dans la gestion des dégâts. Si les erreurs ont un impact réel sur le rythme et la trajectoire, les dommages mécaniques restent encore trop permissifs. Le jeu sanctionne surtout par la perte de temps, plus que par une dégradation progressive de la voiture, ce qui réduit légèrement la dimension stratégique sur la durée.

Dans son état actuel, Assetto Corsa Rally ressemble davantage à un atelier de pilotage extrêmement sérieux qu’à un jeu de rallye traditionnel. Cette orientation est assumée et cohérente, mais elle conditionne fortement l’expérience : tout ce qui entoure la conduite reste encore secondaire face à l’excellence de la base physique. Cette exigence limite naturellement son public. Le jeu ne s’adresse pas à ceux qui cherchent une expérience immédiate ou indulgente. Il demande du temps, de la concentration et une réelle implication. En échange, il offre une sensation de progression rare, fondée sur l’amélioration réelle du pilotage.

La question de l’achat en accès anticipé dépend donc entièrement des attentes. Ceux qui recherchent un jeu riche en contenu, avec une carrière complète et une grande variété d’environnements, devront faire preuve de patience. En revanche, pour ceux qui cherchent avant tout une simulation de rallye sérieuse, cohérente et exigeante, Assetto Corsa Rally propose déjà une base remarquable.

À ce stade, le jeu pose des fondations solides. Il est imparfait, incomplet, mais profondément honnête. Il comprend ce qu’est réellement le rallye et refuse d’en simplifier la nature. Si les développements à venir enrichissent cette base sans en diluer l’exigence, Assetto Corsa Rally a le potentiel de devenir une référence moderne. En l’état, c’est un projet rigoureux et exigeant, qui s’adresse sans détour aux passionnés prêts à accepter les contraintes, les frustrations et les satisfactions propres au pilotage réel.